Le gant au Moyen-Âge

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Lévan
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Le gant au Moyen-Âge

Messagepar Lévan » ven. 22 juin 2018 09:07

Tina Anderlini, chercheuse associée au CESCM, Poitiers
Cosconv 2018



On trouve des gants en vache, peau de cerf, chevreau, chien, laine, cousus, tricotés, tissés, en nalbinding. Ils peuvent être rembourrés, en métal, en mailles, à trois doigts.
Il existe encore un exemplaire de moufles tricotées du XVème siècle, à Londres

Le gant pratique

On a des gants de tir à l’arc ou pour travailler la terre. Mais les gants de travail ou destinés à lutter contre le froid sont les moins bien conservés.
Contre le froid au XVème siècle (surtout représentés sur des bergers), on utilise
  • des moufles
  • des gants à 3 doigts
Les gants à cinq doigts tricotés arrivent beaucoup plus tard

Les gants du bourreau ne servent qu’une fois.

Le gant religieux

Quand on monte en statut, le gant devient un attribut de pouvoir ; il est surtout porté par les papes, évêques, rois, princes, puis ceux qui détiennent un savoir au XIIIème siècle (philosophes, universitaires, juges).
Le gant entre dans la liturgie chrétienne vers 800. Gants à émaux, à fil d’or, en soie, etc. Ils sont souvent volés.
Le gant protège et purifie les mains qui ont été ointes. C’est un objet sacré. [...] Avec la mitre et l’anneau, il fait l’évêque.
Michel Pastoureau

Après l’an 1000, le port du gant est un privilège du pape et des évêques (justifications à partir de la Bible). Ils sont les seuls à pouvoir entrer dans une église avec des gants. Mais pendant certains messes, même eux doivent retirer leurs gants. Ainsi, le vendredi saint a lieu une « messe sans gants ».
La couleur des gants épiscopaux dépend de la fête du jour. Ils sont souvent blancs ; jamais noirs.
Les appliques peuvent passer d’une paire de gants à une autre. C’est souvent tout ce qui a été conservé.
Certains religieux demandent permission de porter des gants au pape ; d’autres ne demandent pas, et le font quand même.

Le gant noble

Un symbole de pouvoir

Les nobles possèdent plusieurs paires ; chaque usage nécessite un type de gants différent.
Parmi les principaux pays où des rois ont été excommuniés, l’Angleterre. Alors le roi y a décidé qu’il pouvait entrer dans les églises avec des gants (Henry II et Richard Coeur de Lion sont représentés avec des gants sur leur gisant). Mais les rois de France se font eux aussi enterrer avec des gants.
Les rois et empereurs commencent à porter des gants au XIème siècle, au moment des conflits d’autorité avec la papauté.

En France, les gants commencent à faire partie du rituel du couronnement au XIVème siècle. Mais l’image a précédé (dès le XIIème siècle).
Le gant fait office de délégation de pouvoir. Il peut prendre la place du roi ou d’un officiel ; celui qui porte le gant du roi peut remplir son office.
Ex : Guillaume Tell se révolte en refusant de rendre hommage au gant du bailli.
Quand on reçoit un gant dans le cadre d’une remise de terres, c’est un privilège ; on le conserve jusqu’à la mort du bénéficiaire, puis on le rend ensuite.
Les gants de don qu'on a trouvés ayant une forme biscornue, il est possible qu'ils soient symboliques, pas forcément faits pour être portés.
Un gant peut être donné à un messager ou un ambassadeur en signe d’immunité.
Le gant est un prolongement juridique du corps, une émanation de la personne. C’est une forme de sceau.
Michel Pastoureau

1192 : Richard Coeur de Lion essaie de rentrer en Angleterre incognito, en passant par les terres de Leopold d’Autriche. Mais son écuyer, comme à son habitude, porte les gants de son maître bien en évidence, avec les armoiries visibles. Richard est reconnu et emprisonné.
Jean Sans Terre convoqué par le Pape envoie ses gants. Le pape n’apprécie pas l'affront, et l’excommunie.

Gant et bonnes manières

On donne un gant à mains nues, pas d’une main gantée à une autre.
Le gant de fauconnerie est souvent représenté blanc, épousant parfaitement la forme de la main, très élégant, pas réaliste du tout, sauf dans un ouvrage de Frederick II en 1241-1248 sur la chasse et la fauconnerie, où ils sont correctement montrés.

Dans la noblesse, le gant est très symbolique.
On reprend son gant quand on n’est plus ami. On peut ainsi briser des mariages ou des transactions.
C’est un accessoire incontournable à partir du XIIIème siècle. On met les gants à sa ceinture, ou on les met à sa main, ou on les donne à un serviteur. Le summum de la distinction consiste à porter le gant à la main gauche, et celui de la main droite dans la main gauche.
Seules les femmes de haute noblesse en portent. Les dames doivent rendre leur gant à leur chevalier servant pour les renvoyer.
Les bagues et anneaux sont portés par dessus les gants.
On ne peut prendre la main de quelqu’un avec des gants ; il faut les enlever avant. Sinon, cela peut illustrer la surprise, la frayeur, etc.
Perdre ses gants est un mauvais présage. Perdre un gant offert est signe de brouille.
Si on enfile le gant de quelqu’un d’autre, on devine les pensées de l’autre.
Un chevalier peut voler le gant de sa belle.

Tenir le poignet de quelqu’un, c’est à la fois le contraindre, mais aussi le protéger. Tenir son propre poignet, c’est signe de deuil.
On peut empoisonner des gants. Peut-être est-ce la cause de la mort d’Othon III en 1002.

Référence

Le gant médiéval : jalon pour l’histoire d’un objet symbolique (Pastoureau) - Dans « Le corps et sa parure », Sismel, éditions du Gallouzzo (Florence)

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