Travailler en ville au Moyen-Age

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Lévan
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Travailler en ville au Moyen-Age

Messagepar Lévan » mer. 13 déc. 2017 23:01

Julie Claustre
Musée de Cluny
13 décembre 2017
La ville, c’est d’abord beaucoup d’ateliers, boutiques et foires. C’est l’image que les villes aiment se donner. Mais aucune activité n’est spécifiquement citadine (il y a aussi de l’élevage ou de l’agriculture) ; 25% de Paris n’est pas bâti en 1380 (surtout le quart nord-est).
Une partie non négligeable des citadins travaille à l’extérieur de la ville.

La valorisation du travail citadin

Il a une meilleure image que le travail à la campagne
Ex : Chrétien de Troyes, Perceval le Gallois ou Conte du Graal : Gauvain à Escavalon insiste sur les tables des changeurs, couvertes d’or, d’argent, de menues monnaies ; les places et rues pleines de bons ouvriers qui travaillent aux métiers les plus variés. C’est une foire perpétuelle, tant elle regorge de richesses.
XIIIème à Paris : environ 250 000 habitants, environ 500 activités enregistrés
17 millions de citadins en Europe

La ville industrielle : la draperie

C’est une industrie fractionnée : de la laine au fil, il y a de nombreuses étapes différentes, ce qui nécessite une concentration des métiers (tri, lavage, nettoyage, battage, cardage ou peignage, filage, bobinage, ourdissage, tissage, foulage, teinture, séchage, tonte).
A Florence, 26 corps de métiers / 30 000 personnes (un quart de la population) travaille le textile au XIVème. Les « Livres des douze frères des Maisons Mendel et Landauer » (Nuremberg, XIV-XVème) en illustrent certains.
Certaines des opérations sont mixtes, voire uniquement réalisées par des femmes.

Le travail valorisé

On apprécie non seulement la profusion des activités, mais aussi leur qualité.
« Ouvrier » : dérivé de opus/operarius, travail créateur ; à opposer à Labor/peine
Les arts mécaniques (artes mechanicae, qui nécessitent l’apprentissage d’un savoir-faire) sont opposés aux arts libéraux (trivium=grammaire, rhétorique, logique ou dialectique ; quadrivium=arithmétique, géométrie, astronomie, musique) ; mais ce sont néanmoins aussi des arts.
Au XIIème apparaît la littérature scientifique ; les traités techniques remontent au XIV-XVème.

Métiers et arts mécaniques illustrés dans le vitrail

Bourges, fin XIIème : un métier à tisser double
Cathédrale de Chartres : des fourreurs
Saumur en Auxois, XVème : un cardeur

Organisation du travail - Métiers, artisans et pouvoirs citadins

De nouvelles institutions (« mestiers », hanses, guilds, arti, Zünfte) apparaissent et
  • définissent des critères d’entrée, la manière dont se font les relations avec la ville, créent des monopoles, ont des règlements, définissent des normes.
  • servent dans la gestion des conflits entre métiers, des nuisances
  • forment un cadre pour l’organisation policière et fiscale (à Paris, pour le guet et la hauban)
  • contrôlent la production et jouent sur la réputation de la ville (à Douai au XIIIème, un sceau est apposé au drap une fois contrôlé)
  • règlementent l’apprentissage (de 3 à 12 ans, la durée n’étant pas forcément liée à la difficulté ; l’apprentissage peut atteindre 12 ans pour certains faiseurs de chapelets)
  • donnent accès à certaines magistratures municipales (pas partout, pas pour tous les métiers)
  • permettent d’accéder à une solidarité interne (caisse commune pour les funérailles ou la maladie ; au XIVème, il existe une caisse commune pour les couturiers de Paris devenus aveugles)
Une reconnaissance ambiguë des travailleurs citadins

Dans le texte de Chrétien de Troyes, on voit clairement une hiérarchie des artisans : d’abord ce qui intéresse le noble. Les activités les plus valorisées répondent à la demande aristocratique. Toutefois cette hiérarchie peut connaître des variations, comme on le voit avec l’exemple des couturiers.
Les marchands de drap sont mieux considérés que les tisserands, qui sont eux-même au dessus des fileuses. On aurait pu croire que les couturiers, en contact direct avec leurs potentiellement riches clients, sont au dessus des marchands. Ce n’est pas le cas.
Les premiers couturiers sont Adam et Eve, qui cousent des feuilles de figuier pour se cacher, juste après avoir commis le péché originel. La position du métier est ambiguë, puisqu’elle rappelle cet évènement.
Le vocabulaire commun parle de « cousturier » (qui évoque l’union de deux éléments). Mais dans le vocabulaire institutionnel, officiel, il est question de « tailleur de robes » (qui coupe de la matière, au lieu d’unir).
Quand des formes plus près du corps apparaissent, la coupe devient très importante ; le terme « tailleur » devient privilégié. Dans le mêm temps, des critiques apparaissent quant aux vêtements trop ajustés.
La production du drap est un travail créateur ; le couturier est moins créateur. La production de matière est plus valorisée.

Les activités des femmes

Chambrières, blanchisseuses, nourrices, porteuses d’eau sont courantes.
La valorisation des métiers profite avant tout aux hommes.
Il existe des fileuses, couturières, orfèvres, tavernières, hôtelières, maîtresses d’école, médecins, libraires, enlumineuses (ex : Roman de la Rose (BNF, Fr. 25526, fol.77v) : Jeanne de Montbaston et son mari Richard sont représentés en train d’enluminer).

Le travail féminin, aux marges des métiers

A Paris, vers 1300, 172 activités sont signalées pratiquées par des femmes. Seuls 22 règlements de métiers prévoient explicitement l’activité de femmes. 6 métiers sont exclusivement féminins, tous dans le travail de la soie.

Le travail salarié

Il existe des maîtres salariés (en dépit du fait qu’ils ont la compétence technique pour s’installer), des valets salariés stables, des salariés à la journée ou à la semaine.
Ils ont une place réduite dans les organisations des métiers.
Il y a des barrières d’accès à la maîtrise, surtout financières. Prenons l’exemple des coûts d’accès à la maîtrise pour le métier de serrurier à Paris au XVème (sp = sou parisii, dp = denier parisii) :
  • achat du métier au roi (maréchal de la forge) : 5 sp + 7 dp/an
  • droit d’entrée au roi et aux jurés du métier : 10 sp
  • chef d’œuvre : (serrure et clef) : indéterminé
  • banquet ou don aux membres du métier : 40 à 100 sp
  • location d’un atelier : 160 sp/an
  • location d’une enclume : 24 sp/an
  • cotisation à la boîte de la confrérie Saint-Eloi : indéterminé
    Total : au moins 65 sp + 185 sp/an
Salaire journalier d’un serrurier : 3 sp/jour + nourriture. Il est théoriquement possible à un salarié de devenir maître, mais le chemin est long.

Le travail forcé

A la fin du Moyen-Age, l’esclavage se pratique surtout dans les villes du sud
Après la Peste noire (1347-1349), la France et l’Angleterre ont mis au travail obligatoire les vagabonds et oisifs.

Lévan
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Messagepar Lévan » ven. 13 avr. 2018 09:23

La vidéo de la conférence peut être consultée ici.


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