Le chagrin des parents, ou quand la mort d'un nouveau-né est un drame

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Lévan
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Le chagrin des parents, ou quand la mort d'un nouveau-né est un drame

Messagepar Lévan » mer. 3 janv. 2018 15:05

Cité des sciences et de l'industrie, 25 avril 2017

Valérie Delattre (archéo-anthropologue, Inrap)


De tout temps, la mort prématurée d'un tout-petit a été considérée comme un drame par ses proches.
Durant la protohistoire, les nouveaux-nés étaient parfois enterrés dans la maison, quelquefois sous le seuil.
A l'époque gallo-romaine, au lieu d'être incinérés ou envoyés au cimetière, certains sujets périnataux sont mis dans la panse d'une amphore et déposés aux carrefours ou le long des routes.
Avant l'invention du vaccin, on estime qu'un enfant sur 4 meurt à la naissance ; une proportion un peu plus élevée décède encore avant 4 ans (au sevrage, le lait maternel protecteur est remplacé par de grossières bouillies de céréales). Un autre quart disparaît encore avant 10 ans.
En dépit du nombre de morts, c'est toujours une tragédie.
A Blandy-les-Tours, on a trouvé une église datant des environs de 1050 (préalable au château, non liée à lui). A côté se trouve un cimetière, uniquement peuplé de très jeunes enfants (un tiers de foetus, les autres ont au plus 30 mois, avec un pic entre 0 et 6 semaines). Les tout-petits sont enmaillottés, les jambes étendues au maximum, de manière à être étirés.

On ne baptise pas à la naissance en raison du manque de personnel ecclésiastique au début du Moyen-Âge. Le baptême arrive bien plus tard, lors de grandes fêtes (comme Pâques), parfois à 18 mois ou 2 ans.
Un bébé non baptisé part en Enfer. Pour remédier à cette injustice, à partir du XIIIème siècle se répand en Europe le miracle du Répit. En amenant un enfant sur l'autel d'un sanctuaire dédié, en priant, Dieu donne immanquablement un souffle de vie de quelques secondes permettant de la baptiser. En pratique, le corps se relâche au bout de 24 heures, il s'affaisse, et un souffle semble sortir des poumons.
L'ondoiement, qui peut faire office de baptême en cas d'urgence, se généralise à la fin du Moyen-Âge ; la sage-femme, parfois le père, sont habilités à le réaliser. Quand l'accouchement se passe mal, les médecins expliquent que la mère étant d'ores et déjà baptisée, la priorité doit être donnée à l'enfant, au moins pour faire apparaître le sommet du crâne du bébé, afin de l'ondoyer.

Procès-verbal d'un enfant baptisé à la Chapelle de Notre-Dame de Salbris (Loi et Cher), 19 juin 1724 :
Aujourd'huy dix neuvième jour de Lannée mil sept cents vingt quatre a esté inhumé dans le cimetière de cette église un fils de Pierre SINION... et de Gabrielle LECONTE son épouse... enfant né du dix-septième jour de ce mois et an sans qu'il y eut aucun signe de vie et qui engagea ses père et mère... de faire aporter Ledit enfant a La chapelle de notre Dame de piété... pour demander a dieu qui luy plut par Lintercession de Sa très sainte mère accorder a cest enfant des signes de vie suffisants pour luy faire conférer Le st bapteme et a ces père et mère La consolation de Luy rendre grace du Salut de leur enfant. ...
Après les prières ordinaires et le salut de la très Ste Vierge nous avons veu avec les tesmoins Ledit enfant changer de couleur plusieurs fois pousser un souffle sensible et remuer Les lèvres et particulièrement la lèvre supérieure qui grossit... Lesquelles marques nous engagèrent à conférer le St bapteme audit enfant qui changea de couleur encore après et parut plus vermeil et plus blanc que Lordinaire...
La monarchie française prescrit la tenue de registres de baptême à partir de 1539 ; les mariages et sépultures sont comptabilisés à partir de 1579.
Longtemps, l'Eglise n'a pas vraiment statué sur le Répit ; toutefois elle a le plus souvent été complaisante, un prêtre étant présent.
Au XIIème siècle sont inventées les Limbes, entre le Paradis et l'Enfer, où vont les enfants non baptisés, en attendant le Jugement Dernier ; mais c'est un pis-aller par rapport au Répit. Elles sont abolies par le Vatican en 2007 ; à présent les enfants décédés sans baptême accèdent directement au Paradis. Quant au Répit, il est aboli depuis le XIXème siècle, le souffle divin paraissant de moins en moins crédible, et tous les enfants décédés sans baptême sont dédiés à la Vierge.

Lévan
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Messagepar Lévan » ven. 13 avr. 2018 09:21

La vidéo de la conférence peut être consultée ici.


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